Le mot-clé de Mfumu’eto 1er sur toute la prochaine décennie: « Ko siemisa »

An Essay by Bibish Marie-Louise Mumbu

June 2008

C’est un mot lingala qui veut dire rajouter son grain de sel, dans une situation ou dans une conversation. C’est ce que Mfumu’eto 1er a décidé de faire à partir de cette année dans son travail. La preuve, il se présente comme étant l’un des premiers « peintres-bédéistes-calligraphes » du Congo Démocratique. Jamais peut-être une telle description n’aura frappé aussi juste!

« Ko siemisa »…

Tout ceci est parti avec la naissance de son fils cette année. Mfumu’eto est papa, pour la deuxième fois de sa vie, d’un garçon qui a un écart de 22 ans avec sa sœur aînée, Princesse d’Or. Sauf que le petit, lui, n’a pas de nom. Ou plutôt si, mais son père m’a fait promettre de ne pas le divulguer avant la cérémonie bantu projetée à cet effet vers la fin juin.

Solitaire et renfermé sur lui-même pour certains, Mfumu’eto n’hésite pourtant pas une seule seconde à me faire des confidences sur son travail et sa vie qui demeurent intimement liés. Son fils, né il y a 3 mois, n’a pas de nom. La raison est toute simple. Avec ses 1,800 kg à la naissance, le petit est envoyé d’urgence de la salle d’accouchement à la pédiatrie, lui donner un nom n’est donc pas à cet instant la préoccupation de ses parents. Mais la famille et les infirmières se mettent à jaser. Ils parlent à qui veut entendre de « l’enfant qui n’a pas de nom »… Notre peintre-bédéiste-calligraphe décide alors de « Ko siemisa » l’affaire en cachant à tout le monde et l’enfant et son nom. Ne l’ont vu jusqu’à ce jour que sa sœur, sa mère, son père et l’amie chez qui il est « caché ». Il est comme ça notre Mfumu’eto. Il fusionne toujours sa vie intime et son œuvre. L’artiste qu’il est a raison de vouloir à tous les coups représenter ses fantasmes, ses rêves, ses peurs, ses aspirations : « J’avais besoin d’un break pour voir venir au monde mon fils et capter des impressions, des bruits, des odeurs et là, maintenant, je me relance »…

L’abondance et la richesse de son œuvre mettent en évidence la vitalité d’une création dont les pratiques privilégient des processus d’échange et de fécondation réciproque. Un mot pour décrire son travail et sa vie : Bouleversements. Des doutes ? Il voit le jour après une cérémonie mystique autour de la tombe d’un oncle décédé qui avait jeté un sort à sa mère. Il vient au monde après 5 filles parties avant l’âge de 24 mois. Il porte le nom de Jaspe Saphir. Il élève seul sa fille unique à l’époque, Princesse d’Or, il lui consacre tout son temps, toute son énergie. La venue du fils vient, comme il le dit lui-même, bouleverser son concept de l’art. Il a peur de ne pas avoir du temps pour lui contrairement à Princesse d’Or. C’est pour ça qu’il lui dédie toute son œuvre, c’est-à-dire l’évolution de l’artiste peintre-bédéiste-calligraphe des prochaines dix-huit années. Le petit aura alors l’âge de la raison et du choix. Cette exposition, en l’honneur du fils ayant atteint sa majorité, devra être la plus réussie. Papa Mfumu’eto 1er se donne dix-huit belles années pour en préparer le contenu. « Ko siemisa »…

C’est vrai que « La vie et la carrière de Mfumu’eto se confondent dans une véritable mise en scène empreinte de légendes et de mystères » (Les Carnets de la Création, Papa Mfumu’eto 1er, Editions de l’œil, avril 2002).

Ces bouleversements-là de son existence, il va désormais les « Siemisa », que tout le monde les connaissent. Artiste du silence ou artiste silencieux ? La question reste posée…

No comments yet.

Leave a Reply